Aleksander Gabryś

Œuvre

Fantaisie stochastique / Épitaphe Bazyli Matysiak in memoriam

Fantazja stochastyczna n’a pas été rebaptisée. Elle a été transformée.

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Epitafium Bazyli Matysiak in memoriam

Enregistrement télévisé historique conservé de la création de l’œuvre.

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Informations

Note de programme

Fantazja stochastyczna n’a pas été rebaptisée. Elle a été transformée.

À l’automne 1992, j’ai commencé à travailler sur une œuvre portant le titre provisoire de Fantazja stochastyczna. Je ne partais ni d’une mélodie ni d’une forme musicale entendue au sens traditionnel, mais de mes propres modèles mathématiques, que je tentais de traduire en structure sonore. Je créais des fonctions décrivant les relations entre des valeurs numériques et j’en calculais à la main les déroulements successifs. Les nombres devenaient hauteurs, rythmes, dynamique et autres paramètres de la musique.

Ce processus ne se déroulait pourtant pas dans un seul sens. Si la musique ou la phrase obtenue ne me convainquait pas, je revenais à la fonction mathématique. J’en modifiais le cours, je la courbais, je déplaçais ses points limites et ses valeurs, puis je recommençais les calculs. Il n’était pas facile de trouver une fonction qui, pendant une longue durée, engendrait des hauteurs ne se répétant pas, tout en produisant une structure rythmique tout aussi peu évidente et apériodique. Ces deux couches naissaient de la même fonction dès le premier calcul.

J’effectuais la plupart de ces calculs au crayon, dans un cahier.

Ainsi naissait une œuvre issue de la logique des nombres, laissant pourtant dès l’origine une place à l’intuition, au hasard et à l’imagination musicale.

Le 11 novembre 1992 mourut mon premier professeur de contrebasse, le professeur Bazyli Matysiak. Cet événement n’interrompit pas le travail sur l’œuvre. Il changea cependant tout ce que, dès lors, l’œuvre devait signifier.

Le squelette mathématique de Fantazja stochastyczna resta intact. Des motifs issus de l’Etiuda, que le Professeur m’avait donnée en 1989, commencèrent toutefois à y pénétrer. Ce n’était ni un second thème ni une citation au sens traditionnel. C’était plutôt une marqueterie musicale — l’interpénétration de deux mondes, comme Czarna Woda w Białej Wodzie. La logique ne fut pas abandonnée. Elle fut traversée par la mémoire.

Le 6 mars 1993, dans la salle de concert de la Filharmonia Śląska à Katowice, lors d’un concert des anciens élèves du Państwowe Liceum Muzyczne, l’œuvre retentit déjà sous le titre Epitafium Bazyli Matysiak in memoriam. La création se trouva placée entre des interprétations de Mozart et de Beethoven. Dans ce voisinage, la voix solitaire de la contrebasse fut entourée d’un espace sonore multicanal.

J’ai construit la couche électronique de l’œuvre avec l’aide d’un Commodore C64, d’un Amiga 500 et d’enregistrements que j’avais préparés dans mon studio domestique. Trois assistants, placés chacun à un poste de magnétophone distinct, lançaient à la main trois bandes stéréophoniques, le plus simultanément possible, afin qu’une projection sonore à six canaux se forme autour du public. Chacune des bandes développait la même fonction mathématique par un autre chemin. La contrebasse dialoguait ainsi, non pas avec un accompagnement prêt à l’emploi, mais avec les possibilités parallèles de sa propre logique. Aujourd’hui, on pourrait appeler cette solution un prototype d’environnement de live electronics. Dans la réalité du début des années quatre-vingt-dix, c’était pourtant avant tout une improvisation technique inventive, réalisée par des moyens presque entièrement analogiques.

Je rêvais d’une projection sonore à huit canaux. Je réussis à mettre en place six haut-parleurs, même s’ils ne fonctionnaient pas tous parfaitement. Telle était alors la réalité de la création électroacoustique en Pologne. Beaucoup de solutions naissaient d’essais, d’intuition et d’improvisation. J’entendais alors souvent que « cela ne se fait pas », et plus souvent encore — que « cela ne se fait plus ». Je voulais d’autant plus vérifier où une telle voie pouvait mener.

Telewizja Katowice diffusa plus tard un fragment de cette exécution en lui donnant le titre erroné Fantazja stochastyczna Lux in tenebris. Le titre de travail de la composition s’était alors très probablement mêlé au nom de mon œuvre électroacoustique antérieure. L’enregistrement conservé est aujourd’hui avant tout une trace. Malgré la qualité imparfaite de l’image, il demeure le seul témoignage filmique de la première vie de cette composition.

Aujourd’hui, je regarde cette œuvre comme le moment où se sont rencontrées pour la première fois deux directions de mon développement ultérieur. D’un côté, la fascination pour les mathématiques, la technologie et la structure ; de l’autre, la conviction que même la construction la plus rigoureuse peut être transformée par la mémoire, la gratitude et l’expérience de la perte. C’est précisément cette transformation, plus que la technique de composition elle-même, qui est devenue le véritable sujet de l’œuvre.

Fantazja stochastyczna a été transformée. C’est peut-être précisément pour cela qu’elle a commencé à me transformer moi aussi.